Paléo

Le Paléo Nouveau est arrivé ! Et comme chaque année, nous saluons la créativité, non sans s’interroger sur ses implications identitaires.

Le processus, désormais, est bien rôdé : « Le Paléo Festival Nyon dévoile aujourd’hui l’affiche de sa 42e édition. Un univers visuel résolument contemporain qui place la scène et ses lumières au cœur de l’affiche. Lauréats d’un workshop au sein de la HEAD-Genève (une haute école de la HES-SO) […], Catia Ferreira Barreiras et Nausicaa Planche sont deux jeunes étudiantes en deuxième année de communication visuelle de 21 et 22 ans. Elles nous présentent aujourd’hui le fruit de leur travail, un univers visuel à l’esthétique résolument sobre et aux couleurs franches. »

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Participatif, rassembleur
Franchement, rien à dire : c’est beau, c’est intéressant, il y a de la prise de risques, de l’audace. Par ailleurs, le processus est intelligent. Participatif, rassembleur, sans doute peu coûteux, et permettant d’éviter les guerres de clochers (surtout que le marché local est un très petit village).

Ce que nous voudrions interroger ici, c’est la dimension identitaire de la démarche. Vous l’avez constaté, il n’y a pas vraiment de logo Paléo… Si, si, la fameuse étoile me direz-vous. Où est-elle sur l’affiche ? Où est-elle sur le site Internet ?… L’historique visuel du Paléo a cela de particulier qu’il s’est toujours plus ou moins affranchi de l’autorité omnipotente du logo.

Ce qui est singulier, dans le cas Paléo, c’est que cet effacement du logo ne semble pas porter à conséquence. On n’a pas l’impression d’un déficit identitaire et donc d’un affaiblissement de la communication (oui, car, vous le savez, il faut une identité forte pour avoir une communication impactante). La force de l’identité est bien là, sa mécanique fonctionne. Quelle est-elle, cette mécanique ?

Mécanique
En fait de mécanique, disons qu’il s’agit d’un moteur bi-cyclindre bien rôdé, et désormais bien réglé. D’un côté, il y a la force de ce rendez-vous que la manifestation a réussi à créer avec sa région. Chaque année, c’est le même rituel attendu. Fin novembre arrive la nouvelle affiche de Paléo, comme le cidre des vendanges, comme la galette des Rois, comme le biscôme de St-Nicolas. Tout le monde ne va pas au festival, mais il semble que tout le monde, en Suisse romande, voie la nouvelle affiche, qui est largement reprise dans la presse et sur les réseaux sociaux, et lui attribue un certain degré d’attention, un peu comme on écoute d’une oreille le concert du Nouvel An. Aucun autre festival ne peut se targuer d’une telle réceptivité auprès du public !

De l’autre côté, il y a une signature stylistique singulière, bien en place, qui revient chaque année, parce qu’elle est désormais un véritable territoire pour le Paléo. La singularité de cette signature, c’est l’audace et la prise de risque graphique. Aussi surprenant que cela puisse paraître de la part d’une institution culturelle somme toute très éclectique et conservatrice, Paléo, en matière de communication visuelle, elle la championne romande de la mise en danger. Discutable ? Prenez, par exemple, l’affiche de 2012 : avons-nous d’autres exemples d’une telle extrémité typographique ?

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Fantasme
Curieusement, l’effacement de la signature est souvent le fantasme des marques. Evoquant l’exemple de Nike dont le fameux « Dash » bénéficie d’une suffisance exceptionnelle, elles rêvent d’une présence qui transcende les aléas de l’identification. L’exemple unique de Paléo nous rappelle que cet effacement ne saurait s’envisager sans le contexte d’une très grande notoriété, et d’une relation quasi institutionnelle avec le public.

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