Pas du bla-bla

Pourquoi Karim Benzema doit être exclu de l’équipe de France de football ? Parce qu’une charte, c’est pas du bla-bla, ça se respecte. Sans quoi…

Selon un sondage effectué le 11 novembre en ligne par Le Figaro, 90% des participants estiment, à l’instar du Premier Ministre, que l’avant-centre étoile des Bleus doit être exclu de l’équipe. Il se trouve que nous partageons cet avis, pour une raison qui, cependant, nous éloigne de la futilité de plus en plus fréquemment rencontrée au bord des terrains: lorsqu’une organisation se dote de règles, notamment éthiques (c’est bien), qu’elle fait la démarche de les formuler clairement dans une charte (c’est mieux), elle se doit de les faire respecter (c’est idéal). Sans quoi…

Violations de la charte
De l’ « affaire de la sextape », retenons, sans exhaustivité, les étonnants liens conservés par Benzema avec ses amis d’enfance, son manque de vigilance (sa bêtise ?) dans la gestion de ces liens, son éventuelle complicité de chantage et, surtout, la façon avec laquelle il parle de son coéquipier: « tarlouze » n’est pas franchement un qualificatif qui transpire le respect, la convivialité et l’esprit d’équipe. Sans grand doute, l’utilisation de ce qualificatif viole plusieurs dispositions de la charte dont s’est dotée l’équipe de France pour redorer son image après la crise de Knysna, notamment celle sur la loyauté:

« La valeur fondamentale du sport réside dans sa sociabilité, dans la volonté de vivre ensemble. Cette sociabilité est construite par les sportifs eux-mêmes au sein d’une institution associative, ce qui fait que le sport est une école de citoyenneté. Ainsi ne peut-on attendre des autres que ce que l’on est prêt à donner soi-même: il n’y a pas de vie sociale sans loyauté. »

Et celle sur l’exemplarité:

« Personne n’est obligé de faire du sport. On en fait parce qu’on le veut bien, parce qu’on y éprouve du plaisir ou qu’on y recherche son épanouissement. Par cette pratique, on se réalise dans le cadre d’un idéal sportif dont on est responsable. Il appartient à chacun d’être le porteur de cet idéal et de l’exprimer par son comportement, au bénéfice de l’image du football et de l’image du sport en général. »

Mais où est le problème, au juste ? Nous le constatons dans notre pratique de conseil auprès des entreprises qui veulent préciser leur identité, se doter d’une charte éthique est un acte fort pour une organisation, qui ne va pas de soi du tout. Toutes ne sont pas capables d’un tel niveau de maturité et de d’affirmation de soi. Le bénéfice de la démarche, c’est une force nouvelle qui vous donne des ailes, qui vous fait rayonner et porte votre développement. Vos parties prenantes savent où vous allez, quels sont vos objectifs, quel cadre vous donnez à votre action.

Jusqu’au ventre de la Terre
Mais la démarche demande bien sûr de l’adhésion. Rien de pire que de faire des grandes déclarations, et d’agir ensuite dans un esprit différent. C’est là que l’attitude de Benzema fait très mal. Après Knysna, on nous avait dit « plus jamais ça », et la charte devait témoigner d’une détermination inébranlable. La charte, aujourd’hui, est trahie, et c’est tout le dispositif qui vacille, et risque de s’enfoncer progressivement dans le sable mouvant, jusqu’au ventre de la Terre (où se trouve quasiment la FIFA, soit dit en passant). A moins de rattraper le coup par une exclusion claire, sans ambiguïté, qui montre que justement, cette charte, ce n’était pas du bla-bla. Allez, l’Euro n’en sera pas moins une belle fête !

Découvrir la Charte de l’équipe de France de football

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