Plateforme 10

L’actualité du corporate branding en Suisse romande a été marquée ces derniers jours par la présentation publique de l’identité du futur pôle muséal lausannois.

L’occasion de se livrer à un petit exercice d’évaluation, en parcourant certains critères permettant de le faire. Alors, « Plateforme 10 » – que faut-il en penser ?

Il faut apprécier ces occasions qui voient naître un nouvel existant (car avant l’identité, rien n’existe), et qui donne l’occasion à tout un chacun de s’ériger en « spécialiste de la comm’ », ici à la cafétéria du bureau, là au Café du Commerce. Surtout que, pour une fois, aucun budget n’a été, à notre connaissance, publié. La communication, on le sait bien, ça coûte toujours trop cher, et c’est souvent lorsque les coûts apparaissent que le débat part en vrille émotionnelle – on se souvient du cas Swiss International Airlines : non, non, les CHF 17 millions, ce n’était pas pour payer le graphiste, mais pour changer les enseignes dans tous les aéroports du monde.

Cela étant dit, avant d’évaluer, il faut surtout saluer l’existence d’une démarche identitaire en aval du projet de nouveau pôle muséal. Bien trop souvent, cette démarche vient en amont, alors que la messe est dite, et qu’il est parfois trop tard – en Suisse romande, les projets de musée avortés, on connait bien. On a bien compris, dans le cas qui nous occupe, que l’identité est un facilitateur de projet, quelle sert à convaincre les gens d’y adhérer et que de s’en priver, c’est hypothéquer ses chances de réussite.

La clarté – La signature Plateforme 10 est-elle lisible ? Oui, mais… L’inclinaison typographique complique légèrement la lecture, et la syntaxe visuelle particulière qui lie le « 10 » et le « Plateforme » est quelque peu ambiguë : faut-il lire « Plateforme 10 » ou « 10 Plateforme » ? Certes, il faudrait un pluriel à « Plateforme » pour que la seconde variante soit acceptable, mais l’ambiguïté n’est pas totalement levée par ce petit détail grammatical. Par ailleurs, il faut relever que, sur le plan verbal, le recours à un nom métaphorique n’entraine certainement pas un plus de clarté (difficile d’être plus explicite que « Pôle muséal », il faut bien le dire). Notre note : 6/10.

L’esthétique – La signature Plateforme 10 est-elle agréable à entendre et à regarder ? Oui, mais… Sur le plan verbal, nous avons deux mots très riches et évocateurs ; sur le plan visuel, nous découvrons des formes relativement triviales, une couleur dominante qui n’est pas des plus sensorielle. C’est là qu’il faut prendre du recul et comprendre le choix d’une esthétique particulière. La signature « Plateforme 10 » a quelque chose de conceptuel, elle évoque la prise de risques de designers progressistes, d’artistes contemporains. Ce n’est pas forcément séducteur, mais il y a une posture, une idée qui intéresse. Sous cet angle, elle apparaît opportune, à propos pour un musée qui veut jouer un rôle de premier plan au niveau international. Notre note : 8/10.

Le sens – La signature Plateforme 10 communique-t-elle bien le projet de nouveau pôle muséal ? Un musée, c’est un lieu où se créent des rencontres – entre des œuvres et un public, entre des gens d’horizons divers. Le projet Plateforme 10 renforce même cette dimension avec son intention de réunir plusieurs institutions culturelles. Il nous semble que les motifs de la plateforme et de la plaque tournante expriment de manière évidente la notion de rencontre. Le fait que ces motifs soient tirés du lieu même dans lequel s’inscrira le musée leur donne une force symbolique supplémentaire. C’est bien à l’ADN du projet qu’ils renvoient, à ses fondations – ici, c’est vraiment le cas de le dire. Notre note : 10/10.

La pratique – La signature Plateforme 10 est-elle facile à utiliser ? Une signature simple, sans complexité, c’est la garantie d’une déclinaison aisée. Plateforme 10 fait sans doute partie de ces outils visuels qui s’emploient facilement, quel que soit le support, quelle que soit la taille. On peut d’ores et déjà s’en rendre compte sur le site Internet du projet, où plusieurs mises en situation sont proposées. Seul bémol, le niveau verbal, et le système de sous-marques qui est envisagé : « Plateforme 10 Design », « Plaforme 10 Beaux-arts », … Ca fait un peu long, et ça ne sonne pas forcément très bien. Notre note : 7/10.

Notre note finale : 8/10. Plateforme 10 est une proposition identitaire qu’il faut saluer, pour son initiative, et également pour sa qualité. Apparaissant comme un geste simple et naturel, elle crée un appel par ses évocations, donne l’envie par son style. Elle offre un mouvement, une dynamique dans laquelle on a envie de s’engouffrer. Du bon boulot qui va très certainement contribuer au succès du projet dans son ensemble.

Découvrir le site du projet Plateforme 10

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